Le Trouble Bipolaire

On dit que quelqu'un souffre de trouble bipolaire lorsque ses variations de l'humeur dépassent des seuils considérés comme normaux.

La souffrance bipolaire

De nombreuses personnes bipolaires sont affectées par une souffrance psychique qui prend en otage leur quotidien, leur vie ainsi que celle de leurs proches, et qui altère leur condition et leur destin. Alors, tristesse, dépression, anxiété, insomnie, fatigue, alternant avec exaltation, euphorie, irritabilité, se succèdent, parfois dans la confusion. Cette souffrance, dans ses formes les plus typiques, pousse l’individu à voir tout avec pessimisme et le conduit à perdre espoir et confiance.

Malgré les avancées dans la médecine, la souffrance bipolaire est souvent mal connue ou mal diagnostiquée. Certains médicaments (comme les antidépresseurs, les anxiolytiques, les somnifères, etc.) soulagent la souffrance bipolaire, mais avec le risque réel d’une dépendance qui peut se prolonger des années et avec un constat d’inefficacité. Certains effets secondaires s’ajoutent pour faire grossir ou maigrir, ou tuer la sexualité ou sédater trop.

L’entourage et les proches des patients bipolaires vivent souvent dans une souffrance silencieuse, dans le désespoir ou la résignation car ils ont déjà tout essayé, sans parvenir à une stabilité durable de l’humeur. Cet engrenage psychiatrique détruit jour après jour le capital de santé et d’espoir de retrouver la vie d’avant… la vie d’avant la psychiatrie.

Mais, LE RETOUR A UNE VIE NORMALE RESTE TOUJOURS POSSIBLE !!!

Cette section du site propose :

  • Une explication simplifiée et claire des phénomènes du trouble bipolaire ;
  • La recherche du DIAGNOSTIC
  • La présentation des solutions optimales
  • La définition des résultats à attendre ;
  • La présentation des outils de suivi et
  • La psychoéducation du patient et de l’entourage.

Questions essentielles pour le Trouble Bipolaire

1. Faut-il accepter de vivre avec la maladie bipolaire ?

 – Non, il ne faut pas accepter de vivre avec la maladie, mais plutôt de la combattre.

2. Les résultats obtenus pas la psychiatrie actuelle sont-ils optimistes ou pessimistes ?

 – Pour répondre à cette question il faut définir …

3. De quoi dépende l’obtention des résultats optimistes/favorables ?

 – Ils dépendent :

  • Du degré d’implication des trois parties concernées (le patient, les proches et les soignants),
  • De la technique d’intervention (la conduite thérapeutique et les traitements) et
  • Des outils utilisés pour le diagnostic et la mesure des paramètres.

4. Est-ce normal que les problèmes de l’humeur persistent, malgré les traitements et les mesures thérapeutiques ?

– Non, ce n’est pas normal !

Aujourd’hui, les avancées des connaissances nous permettent d’affirmer qu’une stabilité correcte et durable de l’humeur est possible. Si les mesures d’intervention thérapeutique sont adaptées et complètes, le patient devrait évoluer vers une amélioration évidente, vers une vie normale et une autonomie.

5. Pourquoi les problèmes de l’humeur persistent-ils, malgré les traitements et les mesures thérapeutiques ?

Ces problèmes de l’humeur aujourd’hui sont simples à résoudre, à condition de faire rigoureusement ce qu’il faut. Cela veut dire que le trouble de l’humeur (bipolaire et la dépression) profite de toute erreur possible. Les solutions sont comme les maillons d’une chaîne, un seul maillon faible peut compromettre toute la cohésion, et donc le résultat.

Une conduite quotidienne adaptée reste indispensable pour maintenir la stabilité à long terme. C’est pourquoi une série de mesures doivent être mises en place, avec l’implication du (de la) patient(e) et de son entourage, pour éliminer toutes les fluctuations pathologiques de l’humeur.

Les difficultés pour vaincre le Trouble Bipolaire

En Suisse, chaque année, les problèmes liés à la souffrance psychique coûtent 11 milliards CHF. Malgré ces dépenses et les avancées de la médecine, une série de difficultés rend les interventions thérapeutiques inefficaces, prolonge la souffrance et aggrave la situation du patient tout en restreignant les solutions thérapeutiques.

J’ai identifié trois groupes de difficultés à dépasser pour vaincre le trouble bipolaire et la dépression :

  • La faible compréhension (le désintérêt, l’indifférence ou l’ignorance) du patient sur sa maladie et les solutions possibles ;
  • L’attitude passive et détachée du patient qui en découle, ou le manque d’implication dans les décisions le concernant ;
  • Le manque d’observation clinique faite par le patient (et son entourage) et l’absence d’outils de mesure et de vérification des résultats.

Et quand les résultats attendus sont négatifs (rechute, dépression, anxiété, insomnie, etc.) la déception et la résignation s’installent. Le trouble bipolaire et la dépression créent ainsi un cercle vicieux qui détruit la vie, l’espoir et entretient la souffrance.

C’est précisément ce cercle vicieux qui doit être rompu.

Il faut aussi avoir le courage d’annoncer des objectifs, et des solutions personnalisées.

Les solutions pour vaincre le Trouble Bipolaire

La maladie bipolaire doit être combattue par une équipe performante et efficace formée par trois acteurs : le patient, son entourage et les soignants. L’implication des trois parties forme un système intégré de soins appelé : « la convention bipolaire ».

Elle engage les trois parties en leur assignant à chacun des rôles et les trois objectifs suivants :

  • Connaitre et partager la compréhension de la maladie, des problèmes spécifiques et des solutions possibles ;
  • Adopter une attitude et une participation actives aux décisions thérapeutiques ;
  • Cultiver une préoccupation permanente pour observer et mesurer (avec des outils) l’évolution clinique du patient.

Notre méthode s’appelle LA THÉRAPIE BIPOLAIRE (NEOPsy) qui représente une toute nouvelle approche qui met en pratique tous les efforts et les techniques efficaces pour : l’autonomisation du patient, la maîtrise de la maladie et le retour à la vie normale.

Comprendre

Comprendre = la chaine de la COMPREHENSION

Toute personne a besoin de comprendre le sens de sa vie, de ses problèmes, de ses efforts. Dans le cas de Trouble Bipolaire, le patient a besoin de comprendre ce qui lui arrive, pourquoi et surtout quoi faire pour s’en sortir.

Notre approche est de combattre le Trouble Bipolaire au lieu de l’accepter et vivre avec. Cette approche optimiste est essentielle pour obtenir des bons résultats.

Un proverbe disait que «la visite d’un ennemi chez un malade est pire que la maladie ». Le Trouble Bipolaire a trois amis :

  • La mauvaise compréhension,
  • La mauvaise intervention et
  • Les mauvais résultats.

Pour vaincre le Trouble Bipolaire, il faut annihiler ces trois amis.

Le traitement du Trouble Bipolaire est comme l’effort de tirer le patient hors de la psychiatrie avec trois chaînes, chacune doit résister. Si un seul maillon d’une chaîne ne tient pas, sur sous forme d’une toute petite erreur, la chaîne peut céder et à partir de là, tout le système cède et la maladie gagne ! Ce type d’erreur explique la succession d’épisodes et des rechutes comme un combat incessant entre les solutions imparfaites et une maladie plus forte.

En réalité, les résultats défavorables sont la conséquence d’un ou plusieurs maillons faibles d l’une intervention thérapeutique inefficace. Il est donc nécessaire de comprendre que le Trouble Bipolaire profite de toute erreur dans les trois chaînes thérapeutiques. On doit s’intéresser donc quels sont ces maillons ? Ils sont multiples.

Afin d’obtenir un bon résultat, l’approche thérapeutique doit être attentive à chaque maillon. Si les conditions favorables sont réunies, une spirale vertueuse va naître, nécessaire à l’amélioration du patient.

Dans le traitement du Trouble Bipolaire, les objectifs sont :

  • L’amélioration et la stabilité durable de l’humeur,
  • L’autonomie,
  • La sortie de la psychiatrie et
  • Le retour à la vie normale.

Cela nous fait vérifier la solidité de chaque maillon et détecter tout dysfonctionnement possible : au niveau des moyens mis en œuvre, du traitement, de l’entourage, de l’implication du patient, du psychiatre, de son diagnostic, de l’évaluation des résultats, etc… ?

Cette remise en question de chacun des paramètres permettra l’analyse de la cause de l’échec. Dans cette section, on s’intéresse donc à la chaîne de la COMPRÉHENSION des phénomènes du Trouble Bipolaire, pour une compréhension accessible à tous.

Le patient mais aussi ses proches ont besoin d’une compréhension éclairée de la maladie et des solutions possibles. En réalité clinique, cela arrive rarement. J’ai rencontré beaucoup trop de patients avec leurs proches, perdus dans le flou d’informations, portant encore et encore les mêmes questions : qu’est-ce que le Trouble Bipolaire ? Suis-je bipolaire ? Comment faire le diagnostic ? Combien de temps dure pour parvenir au bon diagnostic ? Pourquoi moi suis-je malade ? Quoi faire ? Quelles sont les solutions ? Puisses m’en sortir ? Quelles sont les solutions ? Mon traitement est-il correct ? Faut-il attendre encore les bénéficies de mon traitement ? Je ressens trop d’effets secondaires, c’est normal ? Je ne connais pas mon traitement et je ne sais pas à quoi-t-il sert ? Puissè-je m’en sortir sans médicaments ? Quel type de psychothérapie est la meilleure pour moi ? Ma vie, est-elle foutue ? Quoi faire ?

Les maillons faibles dans la chaîne de compréhension

Malgré tous les progresses de notre médecine, pourquoi n’arrivons toujours pas encore à expliquer d’une manière simple et claire les phénomènes du Trouble Bipolaire ?

Beaucoup trop de patients et leurs proches se sentent perdus et démunis devant la maladie bipolaire. Ils ne savent pas si cette maladie est grave ou non. Ils ne savent vraiment pas quoi faire que d’aller trouver un psy, se confier à lui et attendre.

Regardons en face la réalité de la psychiatrie actuelle :

  • On n’explique pas suffisamment les aspects essentiels de la maladie, du traitement et des objectifs à attendre ;
  • L’entourage participe peu, souvent il est exclu des séances de consultation ;
  • Les patients ou les proches cherchent l’information sur internet, sur des sites ou des forums spécialisés, mais ces informations sont souvent compliquées, incomplètes, subjectives et incorrectes, souvent sous forme de témoignages ou de reproduction des textes scientifiques qui ne sont pas claires ;
  • La psychiatrie actuelle (classique), n’est pas précise, elle peine à nous expliquer d’une manière simple et claire les phénomènes de la souffrance bipolaire, en fait, elle fait juste une énumération de symptômes, sans plus d’explication.

Dans ces conditions, les gens se posent simplement la question de ce qu’est le trouble bipolaire ? Le plus souvent, les réponses envoient à 2 listes de symptômes : une pour la phase dépressive et une pour la phase positive, sans expliquer pourquoi ces manifestations surviennent, ni à partir de quelle intensité, de quelle fréquence, et/ou de quelle quantité on déclare la maladie installée.

Des nombreux patients présentant des symptômes d’intensité légère restent ainsi sans diagnostic, tout en continuant se sentir moins bien.

Dans le cas d’une dépression, les explications données font beaucoup trop souvent référence au contexte affectif, social ou professionnel. Or c’est souvent faux ! Comme nous allons voir, il y a deux types de causes qui provoquent la dépression, qui elle se présente avec les mêmes symptômes. La cause et les mécanismes doivent être identifiés avec précision pour engager des solutions précises et efficaces.

Aujourd’hui, le diagnostic de Trouble Bipolaire est défini par certain un nombre des critères cliniques inscrits dans les manuels diagnostics (les DSM 5 et le CIM 10). Ces critères ont été retenus à la suite des études statistiques, ils condensent l’essentiel des aspects bipolaires, sans expliquer leur émergence.

De plus, certains critères sont contradictoires, par exemple, pour le diagnostic de la dépression voici deux critères diagnostiques :

  • « Perte ou gain de poids significatif … Ou diminution ou augmentation de l’appétit ;
  • Insomnie ou hypersomnie (dormir trop) ».

Ces deux aspects sont bien réels, mais l’utilité diagnostique est limitée sans une bonne compréhension ? On demande au patient s’il a maigri ou grossi de 2-4 kg (5%) ? Deux réponses sont possibles : oui j’ai maigri, ou oui, j’ai grossi. À la question du sommeil : oui, je dors peu, ou oui je dors trop. On connait tous des personnes normales avec des problèmes de poids ou de sommeil, sans être bipolaires.

À la question qu’est-ce que le Trouble Bipolaire ? les médecins se basent sur les manuels diagnostiques et ils orientent les patients et leurs familles vers les mêmes sources problématiques d’informations. La recherche sur Internet obtient les mêmes réponses, basées sur les mêmes critères des manuels diagnostics sans plus d’explications. Cette base théorique limitée est une source des problèmes diagnostiques. Elle affecte par conséquent la nature d’interventions de soins thérapeutiques et surtout leurs résultats défavorables.

Ainsi, en 1994, une étude de suivi auprès de l’Association (américaine) Nationale de Malades maniacodépressifs (NDMDA) trouvait qu’un tiers des patients bipolaires suivis depuis dix ans n’étaient toujours pas bien diagnostiqués. Parmi ceux-ci, plus de moitié étaient déjà suivis par plus de trois médecins avant de parvenir au bon diagnostic. Six ans plus tard, en 2000, la même étude trouvait des résultats similaires : 69% des patients avaient un diagnostic erroné et seulement 20% des patients étaient correctement diagnostiqués dans leur première année de la maladie, tandis que 35% des patients avec un retard de 10 ans. Pour 67% de ces derniers, la difficulté diagnostique venait de la faible compréhension de la maladie bipolaire. La conclusion de cette étude : pour recevoir un diagnostic correct, un patient bipolaire doit consulter en moyenne 4 médecins, après avoir été mal diagnostiqué 3 fois auparavant.

La conclusion qui se dégage de cette réalité : la définition du trouble bipolaire ne bénéficie pas d’une base théorique facile, simple et accessible à la compréhension. Cela fournit une base pour des diagnostics et des résultats insatisfaisants ? Par résultats insatisfaisants on comprend la présence ou la persistance de la souffrance psychique avec les conséquences psychosociales et familiales, et cela malgré toutes les interventions thérapeutiques.

Quoi faire dans cette situation ? Pour remédier ces aspects et rendre l’essentiel accessible et compréhensible, on doit expliquer d’une autre (nouvelle) manière les phénomènes bipolaires.

L’humeur et le trouble de l’humeur

Que-est ce que l’humeur et le trouble bipolaire ?

L’humeur est définie comme une émotion globale et durable qui colorie la perception du monde, étant à la base de nos perceptions vitales, de nos actions et de nos projets. L’humeur possède deux extrêmes : le pôle positif, marqué par un état d’excitation psychique et le pôle négatif (dépressif), marqué par la tristesse. Le trouble bipolaire anciennement appelé psychose maniacodépressive se manifeste par la succession d’épisodes dépressifs ou maniaques, avec des périodes normales, sans symptômes. Ce trouble détermine un dérèglement intermittent et périodique de toutes les fonctions neuropsychiques.

 

 

Ce dessin illustre la dynamique d’une humeur normale, avec ses fluctuations vers le haut (vers le pôle positif) et vers le bas (vers le pôle négatif). Ces fluctuations sont normales, liées à nos réactions émotionnelles d’adaptation quotidienne. Elles peuvent durer quelques instants ou des minutes, des heures, ou quelques jours, selon l’impact de l’événement de la vie sur la personne.

Une baisse de l’humeur (vers le pôle négatif) peut être déclenchée par l’apparition dans la vie d’un problème, d’une situation inconfortable ou d’une indignation. La baisse de l’humeur se manifeste par un sentiment négatif de frustration, d’insatisfaction ou de déception. L’intensité des réactions émotionnelles négatives pour l’humeur normale ne doit pas dépasser la limite inférieure négative.

A l’inverse, une élévation de l’humeur (vers le pôle positif) peut être déclenchée dans la vie par la résolution d’un problème, par une petite réussite personnelle ou a par une situation agréable. Elle se manifeste par un sentiment positif de satisfaction, de plaisir ou de bonheur. L’intensité des réactions émotionnelles positives normale ne doit pas dépasser la limite supérieure positive.

Les fluctuations normales de l’humeur se font autour du niveau de polarité neutre (le niveau zéro) et ne dépassent pas les limites dites normales.

Les limites supérieure et inférieure représentent les limites extrêmes, négative et positive de l’intensité de l’humeur retrouvées dans la population générale. On imagine que l’humeur de 95% de gens ne dépassent pas ces deux limites.

Chose importante : l’humeur normale a une nature bipolaire, parce qu’elle fluctue entre les deux pôles d’où sa nature bipolaire. Être bipolaire c’est simplement normal ! Tout le monde a une humeur bipolaire, cela veut dire que l’humeur de tout le monde a des hauts et des bas (selon une dynamique réactive émotionnelle, d’adaptation quotidienne). Les personnes considérées « normales » ont une humeur bipolaire, mais qui ne dépasse pas la limite supérieure et inférieure.

 

 

On voit sur cette figure que les fluctuations de l’humeur dépassent la limite supérieure et inférieure normale. La personne subit des périodes de tristesse et d’excitation qui ne sont pas normales. Son humeur (toujours bipolaire) est troublée et anormale, parce que les limites supérieures ou inferieures sont dépassées.

  • Le trouble bipolaire fait ainsi référence aux personnes qui ont des fluctuations de l’humeur qui dépassent les limites normales de l’humeur, tandis que
  • Les personnes normales ont des fluctuations de l’humeur qui ne dépassent pas les limites normales de l’humeur.

Cette définition originale est fondamentale, parce qu’elle reconnait notre condition normale bipolaire et elle permet de formuler l’objectif thérapeutique central d’une manière simple :

  • Si une personne souffre de trouble bipolaire, l’objectif sera de l’aider à normaliser son humeur, pour que ses fluctuations bipolaires rentrent dans les limites normales, et que la personne redevient ainsi normale, cela veut dire une personne bipolaire normale, comme nous tous.

Pour le diagnostic et le traitement correct du trouble bipolaire, l’identification de la cause à son origine est d’une importance capitale, parce qu’elle va orienter l’intervention et va influencer le résultat.

Les causes qui troublent l’humeur

L’humeur peut être perturbée par deux types de causes :

  • Soit par une cause psychologique (cela veut dire par un événement de vie),
  • Soit par une cause biologique (on va expliquer cela).

La plupart des gens ont une vision déformée du phénomène du trouble de l’humeur.

En effet, la majorité des personnes s’imagine que la dépression est simplement l’expression d’un mal-être psychologique en réaction à une situation défavorable du présent, du passé ou d’un conflit de l’inconscient. Elles considèrent que la solution pour guérir de dépression est de se battre, se mobiliser, résister ou résoudre la situation défavorable.

L’humeur est contrôlée ou influencée par certains systèmes biologiques de notre corps (les glandes, le système nerveux, le système biochimique, etc.). Ces systèmes fonctionnent ensemble dans un équilibre dynamique qui assure la bonne adaptation à l’environnement. Si cet équilibre est affecté, l’humeur peut fluctuer. Par exemple, la diminution de la concentration des hormones thyroïdiens (spécifique à l’hypothyroïdie) conduit à un état de dépression. Pareil pour les fluctuations de l’humeur liées au cycle menstruel, à l’accouchement ou à la ménopause.

Certains médicaments peuvent dérégler les systèmes biologiques et entrainer aussi une dépression. Certains produits toxiques (les drogues, cannabis, etc.) sont réputés pour leur potentiel perturbateur de l’humeur (excitation ou dépression), etc. Il faut donc retenir que le trouble de l’humeur peut être déclenché par la perturbation du fonctionnement biologique.

Deux grands groupes de causes polarisent donc l’humeur au-delà de ses limites normales, les causes de nature psychologique et les causes de nature biologique.

Connaitre la nature (psychologique ou biologique) des causes à l’origine du trouble bipolaire (de l’humeur) est d’une importance capitale, car elle oriente le diagnostic, les traitements et les résultats.

Une erreur d’identification de la nature de la cause de polarisation de l’humeur entraînera des conséquences graves sur l’évolution thérapeutique des patients.

Agir

La chaine « AGIR » comporte plusieurs maillons, qui doivent être forts et solides afin de pouvoir vaincre la maladie bipolaire. Un seul maillon faible suffit pour compromettre l’effort d’intervention, car la maladie profite de toute erreur.

Nous allons analyser ces maillons, pour écarter les faiblesses d’une intervention inefficace. Il faut toujours avoir à l’esprit que l’objectif de toute intervention est l’obtention de résultats favorables (voir la définition des résultats).

Les étapes de l’intervention bipolaire.

N’oublions pas aussi qu’AGIR c’est intervenir en équipe. Dans ce sens il s’applique un principe simple, qui renforce et mutualise les efforts : la convention bipolaire.

Il s’agit de former une équipe formée de trois parties, qui doit jouer son rôle et remplir ses obligations :

  • La partie soignante (le personnel médical : le psychiatre, le médecin généraliste, le psychologue, l’infirmier, l’assistant social, les éducateurs, etc.) ;
  • Le patient et
  • L’entourage (ses proches, les amis, le conjoint, la famille, etc.).

Qui fait quoi ?

Le plus important dans cette approche thérapeutique est l’attitude active et impliquée du patient et de son entourage. Ils doivent absolument avoir une démarche dynamique dans la compréhension des phénomènes, du diagnostic, et des possibles solutions.

En quoi consiste cette démarche proactive ?

Le patient et son entourage

Tout d’abord, ils doivent se sentir libres de poser des questions pour s’informer. En effet, grâce à une bonne compréhension l’action gagne en motivation, en mobilisation et en efficacité. Ils peuvent ainsi observer et surveiller les paramètres d’évolution clinique du patient, et de les communiquer au médecin ou aux autres soignants.

Le patient et son entourage sont ainsi responsables du retour (feed-back) après l’introduction du traitement, pour confirmer ou non l’amélioration thérapeutique. Ils participent aux décisions thérapeutiques, car ce sont eux qui en subissent directement les effets. C’est surtout pour cette raison qu’ils doivent acquérir des connaissances correctes sur la maladie, les traitements et savoir analyser les résultats. Et c’est en cela qu’agir commence par une attitude engagée et impliquée.

Le médecin et l’équipe soignante

Le médecin est responsable du diagnostic, de l’identification des causes du trouble et d’un traitement efficace. Il est aussi responsable de la communication et de l’éducation du patient et de son entourage, à savoir qu’il doit les informer en toute honnêteté, en toute transparence, et sans tabou. Il doit prendre ses décisions en relation avec le patient et son entourage. Il est également important d’établir une relation de proximité avec les autres membres de l’équipe médicale (psychologue, infirmiers, etc.). L’équipe soignante doit suivre avec humanité la direction indiquée par le médecin, soutenir et accompagner le patient et ses proches.

Les étapes (maillons) de la chaine d’intervention bipolaire

  1. L’étape d’exploration, censée recueillir des renseignements sur le patient, et donc des informations spécifiques au Trouble Bipolaire ;
  2. L’étape du diagnostic, donne simplement un nom au problème de l’humeur, dans une optique optimiste de résolution ;
  3. L’étape du traitement (de l’intervention thérapeutique) censée de régler le problème de l’humeur ;
  4. L’étape d’analyse de l’efficacité du traitement doit étudier la qualité des résultats obtenus à chaque étape ;
  5. L’étape du suivi/de surveillance, le patient lui-même et son entourage doivent observer et surveiller l’évolution clinique de l’état du patient, en utilisant des outils spécifiques.

Exploration diagnostique

« Exploration diagnostique » signifie l’anamnèse (curriculum chronologique des problèmes, des manifestations, des événements, des causes et des conditions, la biographie, les différents antécédents, le profil familial etc.).

L’étape d’exploration diagnostique = ce qu’’on appelle « anamnèse » (chronologie des problèmes, des manifestations, des événements, des causes et des conditions, les différents antécédents médicaux, la biographie du patient, le profil familial, etc.).

Cette exploration est censée recueillir des renseignements sur le patient, et donc des informations spécifiques du Trouble Bipolaire.

Cette étape est critique et essentielle, car elle oriente l’intervention thérapeutique. Elle est la principale source d’erreurs diagnostiques ou de la pose tardive du diagnostic de Trouble Bipolaire. Or cette erreur provient du fait que le diagnostic de trouble bipolaire se base sur la vérification d’un nombre limité de manifestations mentionnées dans les 2 listes de symptômes (provenues de 2 manuels diagnostiques CIM 10 et DSM 5) : ceux pour la phase négative (dépressive) et ceux pour la phase positive (hypo/maniaque).

Plusieurs outils ont été conçus dans ce sens. Les plus répandus sont :

  1. HCL 32 (ou hypomania check-list) est un auto-questionnaire conçu par Angst,
  2. Le test MDQ (Mood Disorder Questionnaire) proposé par Hirschfeld et al. (2000) ;
  3. Le questionnaire de screening pour le spectre bipolaire de Goldberg, un outil que je préfère ;

Encore quelques outils diagnostiques utiles :

  1. SAD-P («screening assessment of depression-polarity» de SOLOMON D., LEON A., MASSER J. et col., 2006) ,
  2. L’échelle de la manie de Young, où
  3. L’indice de Sachs.

Mais, en principe, il nous faut plus d’informations pour un diagnostic rapide et correct. Et surtout, les informations recherchées doivent être essentielles et spécifiques au trouble bipolaire.

L’objectif de la phase d’exploration est de :

  • Trouver des renseignements spécifiques bipolaires, en tant qu’arguments de validation de l’hypothèse diagnostique ;
  • Reconstruire le curriculum chronologique des problèmes ;
  • Valider conjointement (le médecin avec le patient et les proches) les éléments trouvés, et reconstruire l’histoire du patient ;
  • Émettre conjointement une ou plusieurs hypothèses diagnostiques pour les problèmes présumés.

Cette exploration doit s’organiser sur 5 niveaux : biologique, psychoaffectif, cognitif, comportemental et psychosocial.

A cette étape, la rigueur et la précision sont nécessaires. L’implication élargie des personnes qui peuvent fournir des informations peut s’avérer importante, car chacun peut livrer ses observations, son témoignage ou ses arguments.

Le diagnostic

Avec les informations recueilles lors de l’étape d’exploration, on peut passer à l’étape de formulation du diagnostic, ce qui veut tout simplement dire que l’on donne un nom à chaque problème. Ce n’est pas une étiquette collée sur le front du patient, c’est juste le nom du problème qui attend d’être résolu, dans une optique optimiste.

Les diagnostics organisent l’intervention, afin d’attaquer les problèmes et de les résoudre, sans en oublier un seul.

L’étape initiale du diagnostic comporte trois hypothèses :

  • L’hypothèse de la cause à l’origine du problème ;
  • L’hypothèse diagnostique qui concerne l’identification probable d’un problème et
  • L’hypothèse d’un traitement efficace, qui doit agir sur la cause pour régler les problèmes et alléger les symptômes.

La validation ou l’invalidation des hypothèses se réalise à une étape ultérieure, lors de l’analyse des résultats obtenus, après le traitement.

Si les résultats sont favorables dans le sens d’une évolution positive ou un allégement des symptômes, alors nous avons la confirmation que nos hypothèses diagnostiques et causales sont correctes et que l’intervention thérapeutique avance dans le bon sens. Il faut donc continuer.

Si les résultats sont défavorables dans le sens d’une évolution défavorable ou que les symptômes persistent, cela nous indique que nos hypothèses diagnostiques et causales ne sont pas correctes et que l’intervention ne va pas dans la bonne direction.

Par exemple si le patient rencontre des difficultés au travail, le symptôme s’appelle « incapacité de travail », une hypothèse diagnostique peut être l’épuisement professionnel (burnout), l’hypothèse causale peut être le trouble de sommeil dû à un programme de travail irrégulier. Dans ce cas, il faut agir sur les 2 causes : mettre le patient en arrêt de travail pour la récupération physique, avec un traitement pour le trouble du sommeil, et demander éventuellement à l’employeur un aménagement convenable des horaires de travail.

Si ce traitement agissant sur les causes conduit à une amélioration des symptômes, alors il est possible de valider les 2 hypothèses causales et le diagnostic. Sinon, il faut chercher les vraies causes qui ont provoqué l’épuisement professionnel, qui peuvent être : un trouble de l’humeur à l’origine du trouble du sommeil, un risque psychosocial (une organisation pathogène ou un harcèlement moral), le stress, une faible affirmation de soi, etc.

Si l’intervention thérapeutique traite uniquement et principalement les symptômes, les causes vont continuer d’agir et entretenir le trouble. Dans ce cas, le traitement seul du trouble du sommeil ne va pas régler le problème car il ne s’intéresse pas aux conditions de travail qui peuvent être source de stress et d’épuisement professionnel. Le patient entrera dans une phase temporaire d’amélioration du sommeil, mais qui va décliner encore plus tard.

En effet, le traitement des symptômes est une mauvaise approche, si les causes ne sont pas traitées. La collection des symptômes risque un traitement par une collection de médicaments, avec des effets secondaires, une psychothérapie longue, des résultats médiocres, une aggravation et une chronicisation des troubles.

Le risque d’une mauvaise intervention réside dans des interventions imprécises, inefficaces, qui ne s’attaquent pas à l’origine des problèmes et font perdurer la situation.

Le traitement de la cause, permet de juguler et de résoudre le problème, le traitement médicamenteux sera minime optimale, avec un minimum d’effets secondaires, avec une psychothérapie courte et efficace, des résultats favorables, sans aggravation et chronicisation des symptômes, mais au contraire avec une amélioration de l’état du patient.

Les hypothèses diagnostiques doivent contenir ainsi les hypothèses des causes à l’origine du problème, chose souvent ignorée en psychiatrie.

Un autre exemple simple, quand un trouble dépressif sans cause risque une thérapie de type antidépresseur ou/avec une psychothérapie. Or si la cause de la dépression était un problème de thyroïde (le cas d’hypothyroïdie), ni l’antidépresseur, ni la psychothérapie ne seront guère efficaces. Si la cause de la dépression est la consommation de cannabis, la solution ne sera ni l’antidépresseur, ni la psychothérapie, mais l’arrêt du cannabis et la psychoéducation.

Encore un exemple : si la cause de la dépression est un deuil dans la famille, la solution ne sera pas l’antidépresseur, mais une psychothérapie de deuil.

Le diagnostic psychiatrique doit contenir le nom du problème, associé à une ou plusieurs causes. Exemple de diagnostic : trouble de l’humeur dépressif (bipolaire) de cause biologique (constitutif).

Formuler le diagnostic de cette façon prépare et organise d’une manière logique et efficace l’intervention thérapeutique, pour agir sur la cause du problème et non sur les symptômes du problème.

A cette étape, le diagnostic doit reposer sur les éléments issus de l’étape d’exploration, qui contient les arguments, les manifestations, les conséquences… liés les uns aux autres.

Le rapport diagnostic met en avant les liens de causalité : que certaines manifestations ont été provoquées par certaines causes et que le problème porte un certain nom (un certain diagnostic).

Le rapport diagnostic doit contenir aussi le diagnostic différentiel, cela veut dire, différencier notre hypothèse diagnostique parmi plusieurs autres hypothèses possibles. Dans ce sens, il faut expliquer pourquoi notre hypothèse est la plus pertinente parmi les autres.

Le traitement

Cette étape comprend :

  1. La déclaration des objectifs à atteindre,
  2. La mise en place des outils de suivi pour mesurer les paramètres essentiels avant, pendant et après l’intervention et
  3. Le traitement orienté sur les objectifs énoncés et les actions concrètes pour les atteindre.

1. La déclaration des objectifs à atteindre

… c’est de définir d’une manière précise chaque objectif d’amélioration avec son protocole d’action…

Pour bien faire, un objectif doit être :

  • Être spécifique dans le sens qu’il concerne d’une manière spécifique une action, un paramètre ou une dimension à améliorer ;
  • Mesurable, dans le sens de mesurer les efforts à faire (par exemple de remplir la fiche de suivi, ou de respecter une heure de coucher) ou les résultats à obtenir ;
  • Acceptable, dans le sens de convenir avec le patient ou avec les proches qui l’acceptent ;
  • Réaliste dans le sens que l’objectif doit être réaliste, atteignable et
  • Temporellement limité : il faut se fixer une limite dans le temps.

Les objectifs sans la description d’un protocole d’action restent imprécis, non-mesurables, irréalistes et font perdurer la situation d’inconfort du patient.

Prenons l’exemple d’un objectif mal défini : l’amélioration de l’état du patient en souffrance par la psychothérapie.

L’amélioration de l’état du patient est un objectif global, général et pas spécifique. L’objectif n’est pas mesurable, les actions à mettre en place ne sont pas précises. L’objectif n’est pas réaliste s’il n’est pas clairement expliqué, et donc pas limité dans le temps.

Beaucoup de psychothérapies perdurent, sans limite dans le temps et sans mesure de leur efficacité.

Exemple de Protocole de l’objectif thérapeutique :

L’objectif Spécifique : améliorer la quantité, la qualité et la régularité du cycle du sommeil. Le médecin fournit au patient un outil de suivi (sous forme de tableau), explique au patient la manière de le remplir, quotidiennement : heure du couché, heure du réveil, durée des siestes, qualité du sommeil. Le médecin explique aussi lors de chaque consultation pourquoi le sommeil est important et lors de chaque consultation le médecin, le patient et les proches, analysent ensemble les données enregistrées par le patient.

L’objectif Mesurable : on mesure chaque jour le nombre d’heures de sommeil, la qualité de sommeil et les paramètres associés au cycle de sommeil.

L’objectif Acceptable : le médecin propose et explique au patient l’importance du sommeil dans la stabilité de l’humeur pour la santé, et s’il accepte l’objectif, il s’engage. Les proches peuvent aussi participer au suivi (avec l’accord du patient).

L’objectif Réaliste : remplir chaque jour une colonne dans tableau (ce qui prend seulement 1-2 minutes) est une tache réaliste et largement atteignable. Il faut cependant vérifier que le patient accomplit bien cette tâche.

L’objectif Temporellement limité : enregistrer les paramètres de sommeil doit se faire jusqu’à la prochaine consultation, voire pendant 1 semaines ou plus, selon la base définie initialement en commun.

Le protocole doit contenir une liste « check-up » identifiant les tâches à accomplir :

  • Qui fait quoi ?
  • Quels sont les outils utilisés ?
  • Quels paramètres mesurer ?
  • La notification de l’engagement verbal du patient ou de son entourage
  • Quels médicaments doivent être pris ? À quelle heure ? Comment ?
  • Le journal d’intervention qui doit tracer l’évolution des interventions et des résultats.

Un inventaire des problèmes constatés doit être réalisé dans les 5 domaines (biologique, psychoaffectif, cognitif, comportemental et psychosocial) et décider quelles seront les difficultés à traiter, avec un ordre de priorité.

2. Le panneau de bord (les outils de suivi de l’évolution)

Le suivi lie l’action aux résultats. Le suivi utilise un ou plusieurs outils afin de mesurer les paramètres essentiels : au point de départ, pendant l’intervention thérapeutique et après.

L’enregistrement de ces paramètres permet d’apprécier l’évolution de l’état de santé du patient, les résultats obtenus et surtout si la direction thérapeutique engagée est bonne.

Il est réalisé à l’aide d’un ou plusieurs outils. Les paramètres enregistrés sont le sommeil, le graph de l’humeur, la fatigue, l’anxiété, l’irritabilité, la consommation des produits toxiques, les médicaments, etc.

Deux grands types d’outils de suivi peuvent être utilisés :

  1. La fiche journalière qui enregistre des paramètres comme le sommeil, l’humeur, la fatigue, l’anxiété, l’irritabilité, la consommation des produits toxiques, la libido, le cycle menstruel, les médicaments, etc., (cliquer ici pour télécharger un exemple de fiche journalière.) et
  2. Le MDS 9 (Mood Daily Scale) qui enregistre 9 paramètres bipolaires d’humeur pour fournir un score de l’humeur/jour. Cette note n’a pas beaucoup d’importance, mais plutôt sa variation dans le temps qui indique la dynamique positive ou négative de l’évolution de l’humeur. Par exemple, un patient qui mesure son humeur à l’aide de cette échelle obtient une note de – 20 (dépression). Après un traitement de 2 semaines, le patient obtient une note de -5, cela veut dire que son humeur est devenue moins dépressive et que l’évolution est favorable. Cette évolution nous indique que l’intervention thérapeutique est bénéfique et qu’il faut continuer dans ce sens d’amélioration.

3. Le traitement : les problèmes et leurs solutions

La nature des solutions doit respecter la nature des problèmes constatés, selon « le principe de la concordance résolutive ». Le nom parait un peu compliqué, mais le sens est simple : traiter un problème d’une certaine nature avec une solution de la même nature. Une pneumonie ne sera pas traitée avec la psychothérapie, mais plutôt avec un antibiotique, aussi comme une dépression ne sera pas traitée avec des antibiotiques, mais plutôt et probablement avec la psychothérapie.

Ce principe nous recommande d’identifier la nature du problème pour chercher par la suite les solutions dans le même registre.

Un problème provoqué par une cause de nature biologique doit être traité par une solution de nature biologique (traitement médicamenteux), tout comme un problème provoqué par une cause de nature psychologique doit être traité par une solution de nature psychologique (psychothérapie).

Cela est important, car souvent la dépression bipolaire est confondue avec la dépression unipolaire, d’où la question simple : comment traiter une dépression ?

Si la dépression a été provoquée par une cause de nature psychologique (un événement négatif comme un deuil, une séparation, un licenciement etc.) la solution sera la psychothérapie et non la prise de médicament. L’usage d’antidépresseurs dans ce type de dépression d’origine psychologique invite à la réflexion !

Si la dépression a été provoquée par une cause de nature biologique (le trouble bipolaire, la prise de substances toxiques, la prise de certains médicaments, la survenue de différentes maladies, etc.) la solution sera l’administration de médicaments et non la psychothérapie. L’usage seule de la psychothérapie dans ce type de dépression ne sera ni efficace, ni recommandée !

Les types des problèmes et les types de traitements

On peut organiser les problèmes en 5 groupes, pour simplifier le regard et l’analyse portés sur les problèmes de l’humeur, et également sur les possibles solutions.

A. Problèmes de nature biologique

En toute logique, les problèmes de cause biologique nécessitent des solutions biologiques, visant à réparer les déséquilibres du fonctionnement biologique. Tout ce qui touche à la biologie et au fonctionnement biologique peut être source de problèmes de l’humeur. Par exemple, boire du café le soir peut perturber le sommeil et sans un bon sommeil le fonctionnement de l’organisme sera affecté. Certains médicaments, les substances toxiques, l’alcool, etc. risquent de perturber le fonctionnement biologique et affecter l’humeur.

Trois solutions biologiques sont possibles :

  • L’élimination de tous les déstabilisateurs biologiques (les toxiques, les médicaments déstabilisateurs de l’humeur)
  • Inciter tous les comportements favorables aux équilibres biologiques et
  • La prise des médicaments qui peuvent stabiliser l’humeur.

Les solutions d’ordre biologiques sont responsables d’une amélioration significative (80%) de l’humeur, donc leur importance reste cardinale.

Voici trois solutions biologiques rapides et efficaces, responsables de 70% d’une amélioration favorable de l’humeur :

  1. Éliminer (diminution progressive et l’arrêt de tous les produits toxiques, les drogues, le cannabis, etc.) ou les médicaments qui déstabilisent l’humeur ;
  2. Réparer le sommeil pour obtenir 7 – 8 h/jour, avec une régularité du cycle grâce à une hygiène de vie (ex. se coucher tous les jours entre 22 et 23 heures le soir) et
  3. La prise d’un régulateur de l’humeur.

B. Problèmes de nature psychoaffective

Les problèmes de nature psychoaffective sont les situations, les événements ou les conséquences qui font souffrir une personne bipolaire (dispute, séparation, conflit, deuil, problème d’adaptation, etc.). Ces difficultés se surajoutent aux problèmes de l’humeur, les entretiennent où les compliquent.

Les solutions aux problèmes de nature psychoaffective passent par divers types de psychothérapies qui doivent souvent accompagner les autres formes d’intervention thérapeutique.

C. Problèmes de nature cognitive

Les problèmes de nature cognitive sont : les problèmes de mémoire, de concentration, d’attention, d’analyse, de synthèse, de raisonnement, de jugement, etc.). Dans le trouble bipolaire, ces fonctions (cognitives) sont souvent affectées.

Lorsque les problèmes biologiques diminuent, les problèmes cognitifs diminuent également. En revanche, des difficultés cognitives persistent souvent. La solution consiste dans une thérapie cognitive, ou de restructuration cognitive, qui représente une sorte d’entrainement de ces fonctions. Attention à l’usage des benzodiazépines, réputées dans l’affaiblissement persistant de la mémoire, de la concentration et de l’attention.

D. Problèmes de nature comportementale

Les problèmes de nature comportementale sont les actes de violence, d’hostilité, les bagarres, les disputes, les agressions, la transgression de règles, de lois, etc.

Le traitement de ces problèmes est donc également de nature comportementale, psychothérapie avec hygiène de vie, discipline, effort comportemental, expositions, désensibilisation, etc.

E. Problèmes de nature psycho-sociale

Les problèmes de nature psycho-sociale sont : les problèmes liés au fonctionnement social comme le travail, la famille, le rapport à l’argent, etc. Le traitement de ces problèmes consiste en la prise de mesures administratives, médicales (arrêt de travail), d’accompagnement social, d’orientation et de soutien social, financier… afin d’améliorer la condition sociale du patient.

L’analyse de l’efficacité du traitement

Les outils de suivi permettent de mesurer les résultats dus aux mesures thérapeutiques et l’accomplissement des objectifs proposés.

Il ne faut pas accepter les traitements qui engendrent des RESULTATS MEDIOCRES ou des évolutions défavorables !

Pour le Trouble Bipolaire, les bénéfices thérapeutiques peuvent s’obtenir rapidement.

Il ne faut jamais accepter les résultats négatifs, ou un état négatif de l’humeur, marqué par l’instabilité.

Comme déjà répété, il ne faut pas accepter de vivre avec la maladie bipolaire (avec des hauts et des bas), mais plutôt de la combattre.

Le sens de ce combat est l’amélioration, mise en évidence par les outils de suivi. L’analyse des résultats doit s’intéresser à la qualité des résultats obtenus, selon la logique à 3 hypothèses en attente de vérification :

  • Que la cause incriminée soit correcte ;
  • Que le diagnostic proposé soit correct et
  • Que le traitement proposé soit correct.

Ce sont les résultats qui vérifient les trois hypothèses et valident ou non notre chaine d’intervention.

Deux situations sont possibles.

1. Si les résultats obtenus sont favorables (amélioration des symptômes) :

  • La cause du problème a été bien identifiée et donc l’hypothèse causale est validée ;
  • L’hypothèse diagnostique est validée (le diagnostic est correct) et
  • Le traitement proposé est bénéfique, car il a produit des résultats favorables.

2. Si les résultats obtenus ne sont pas favorables (absence d’amélioration ou diminution médiocre des symptômes) il faut tout remettre en question (car on ne sait pas à quel niveau se trouve l’erreur) ! Cela signifie que :

  • Soit la cause du problème n’a pas été bien identifiée et donc l’hypothèse causale n’est pas correcte,
  • Soit le problème n’a pas été bien identifié et donc l’hypothèse diagnostique n’a pas été vérifiée (le diagnostic est incorrect),
  • Soit le traitement proposé n’est pas efficace car il n’a pas produit de résultats favorables,
  • Soit toutes les hypothèses sont incorrectes.

N’oublions jamais qu’avant de commencer un traitement :

  • Un diagnostic doit être proposé,
  • Une ou plusieurs causes doivent être identifiées, et
  • Que des objectifs à atteindre doivent être clairement annoncés.

N’oublions jamais d’établir et d’analyser les résultats d’un traitement. S’ils sont favorables le traitement peut continuer, sinon il faut avoir l’honnêteté de tout remettre en question.

Cette étape doit conduire à une décision : continuer le traitement en cours, ou changer.

Il faut également veiller à la pérennité des résultats (l’objectif le plus difficile à atteindre !) cela veut dire de maintenir d’une manière durable les résultats favorables.

Il y a une grande différence entre les résultats obtenus à court terme et ceux à longue terme. Les résultats doivent être favorables, durables et solides, car il est facile de planter une rose dans le dessert, mais très difficile de la faire vivre !

Cela explique l’importance de cette étape, de vérification et de validation des hypothèses à moyen et long terme, et cela grâce à une surveillance et un suivi.

Le suivi de surveillance

C’est la dernière phase du traitement, lorsque le médecin a trouvé la formule du bon traitement.

Si le traitement est efficace, il doit fournir des bénéfices durables.

Le traitement est suivi aussi longtemps que nécessaire, et des optimisations restent toujours possibles. Le suivi doit continuer à la maison. Il sera effectué par le patient lui-même ou par son entourage, qui doivent observer et surveiller l’évolution.

A cet effet, les outils de suivi et de surveillance sont une aide précieuse. Des consultations périodiques avec le médecin doivent analyser les résultats et les paramètres enregistrés avec les outils de suivi et de surveillance.

Si la stabilité de l’humeur est durable, il faut juste continuer le traitement et l’observation des paramètres.

Si la situation se dégrade, il faut analyser et comprendre pourquoi ? Sinon il faut tout remettre en question et repartir du début, car l’amélioration n’a pas été durable.

Les résultats

La chaîne des résultats reflète la qualité du travail fait en amont. Les résultats méritent une attention exceptionnelle, car ils nous motivent. L’obtention des résultats doit être stimulante, motivante et mobilisant.

Notre approche est basée sur les résultats, conditionnée et orientée par leur qualité.

Quels sont les résultats qu’on veut obtenir ?

Objectif : RESULTATS favorables = attendre d’une manière durable les objectifs suivants :

  • Améliorer le sommeil (dormir 7 – 8 h/jour) avec un cycle de sommeil régulier ;
  • Arrêter les produits toxiques ;
  • Améliorer l’humeur (dans le sens que l’humeur négative/dépressif et l’humeur positive doivent se normaliser) ;
  • Stabiliser l’humeur (arrêter durablement les fluctuations de l’humeur) ;
  • Éliminer la fatigue ;
  • Diminuer et faire disparaitre (si possible) l’anxiété et l’angoisse ;
  • Arrêter les rechutes (les hospitalisations ou les passages aux services des urgences) ;
  • Trouver un traitement léger, efficace avec un minimum d’effets secondaires ;
  • Devenir autonome, devenir capable de gérer seul sa maladie (dans la prise de médicaments, dans l’observation, dans la prise de décision concernant la maladie) ;
  • Garder un contact minime avec la psychiatrie et s’en éloigner ;
  • Retour à la vie normale.